La défaite de la raison? Livre à lire de Charles-Eric de Saint-Germain

Charles-Eric de Saint-Germain (déjà présenté dans ce blog) est un philosophe engagé, pédagogue, qui écrit bien et ne suit pas les vents dominants.

Traduction: le Petit journal de Canal + ou Télérama, thermomètres bobos de la bien-pensance stylée (contre)façon canaille, ne l’inviteront pas pour un grand entretien. Ciel!

Pour ces motifs, et pour beaucoup d’autres, cela vaut la peine de lire attentivement ce professeur de classe prépa talentueux, cultivé et roboratif, qu’on partage toutes ses options, ou pas.

Venu au protestantisme évangélique, dans un parcours intellectuel et spirituel qu’il a exposé à ses anciens coreligionnaires catholiques dans un ouvrage de fond qui revisite la théologie paulinienne (lien), il n’a pas pour autant abdiqué son exigence philosophique et s’inscrit ici dans la filiation de Jean-François Mattéi (La barbarie intérieure) et Alain Finkielkraut (La défaite de la pensée), pour dénoncer une société consumériste pétrie de lâchetés à court terme, qui brouille les repères et cède, dit-il, au « fantasme de la toute puissance ».

Son dernier ouvrage s’intitule La défaite de la raison (Paris, Salvator, 2015, 356p). Accrochez vos ceintures, il y a de quoi débattre!

Sébastien Fath

Source : Blog de S. Fath



Catégories :Chroniques, L'Eglise, Religions, Sébastien FATH, Société

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21 réponses

  1. Ce n’est pas une manière de leçonner qui que ce soit, mais il est judicieux d’établir la qualité argumentative d’un auteur estimé en proposant un extrait de son ouvrage. Et quand le cyber-lecteur accroche, il achète; car un livre est publié pour être vendu et lu, ce me semble…

  2. Une drôle d’époque ou la philosophie à court terme nous laisse un goût amer des turpitudes dans les églises. Ces turpitudes ne donnent pour place,que celui de l’obéissance aveugle et par voie de conséquence, la soumission aux pires fantaisies idolâtres. d’un ou plusieurs personnages qui plaisent assurément mais édictent leurs règles.
    Ceci peut être en désaccord avec la Parole qu’ils prétendent suivre à la lettre. Symbole de toutes les divisions devant tant de nominations. Signe des temps assurément auquel tous consentent mais refusent de suivre et surtout de regarder! Le nombre ne change pas l’ordre des choses sinon l’impression d’être utile dans un travail pourtant inachevé………….

  3. Un ouvrage excellent, à recommander absolument. Il est très éclairant sur les dérives de notre modernité, sur le dogme égalitariste,la dissolution de la famille, l’hédonisme désenchanté, le laïcisme larvé, les impasses de l’idéologie du Genre, où les transformations de la démocratie en médiacratie. L’auteur porte vraiment un regard lucide sur le monde actuel, éclairé par sa foi chrétienne.

  4. Ce philosophe protestant évangélique n’a manifestement pas pris conscience de l’origine exclusivement éducative, culturelle et unilatérale de sa foi, ni de son imprégnation indélébile dans son cerveau émotionnel.
    Son cerveau rationnel dès lors anesthésié se refuse donc de constater que les trois monothéismes sont irrémédiablement antagonistes depuis toujours et de plus en plus actuellement.
    Ils ne pourront donc que s’affronter dramatiquement dans les prochaines décennies.

    L’athée que je suis en conclut hélas que la prédisposition atavique à la croyance religieuse, en tant que « mécanisme de défense » contre les inquiétudes métaphysiques non encore expliquées, constitue la pire conséquence de l’hypertrophie du néocortex des seuls primates humains.
    « Toutes les civilisations sont mortelles » … !

  5. — ATTENTION : Danger de radiations : nom à particule(s)😆 !
    — Franchement, si je lisais tous les bouquins des “noms à particules” qui “fleurissent” sur le Net, je n’aurais jamais le temps de lire ma Bible !!! De plus, je risquerais fort d’être “irradié” par leurs idées funestes😀:mrgreen: !
    — @ Michel Thys : c’est pourquoi je ne présente que Jésus-Christ et Jésus-Christ CRUCIFIÉ ! Il suffit au salut entier et au pardon des péchés des 7 milliards d’individus qui peuplent cette planète par Son Sacrifice Parfait, sans compter ceux qui sont morts depuis Sa Résurrection ! Au fait… Te l’as-t-on présenté ainsi ? Ne t’aurais-t-on pas plutôt présenté un “jésus en culotte de velours” dans une bouteille de vin, ou un “jésus-bisounours” qui pardonne sans repentance, ou alors un “jésus” tellement en “pétard” qu’il lui faut l’intervention de sa mère pour le calmer (Sémiramis – la Vierge Marie – et Tammuz, le “petit” jésus dans les bras de sa mère !) ? Ici, nous voulons, malgré nos divergences et nos imperfections, te présenter LE JÉSUS de la Bible, le Vrai, Dieu manifesté en chair, sans compromis, tel qu’Il Est !
    — Contrairement à ce que tu crois, nous ne voulons PAS te présenter une religion de plus : il y en a déjà plus de 2000 dans le monde (et j’en oublie, certainement !) et AUCUNE ne mène sur le chemin étroit et resserré du Salut par la Foi Seule ! Le chemin que nous te présentons est tellement incongru et tellement discret que presque personne ne le prend. C’est une marche épuisante et dangereuse, mais c’est la seule qui mène au Salut par la Foi !
    — Veux-tu croire Jésus, autrement dit “le prendre au mot” ? Car tu crois certainement à Son Existence, comme presque tout le monde, mais tu ne Le crois pas ! Tu ne tiens aucun compte dans ta vie de ce qu’Il dit dans Sa Parole, la Bible !
    — Alors réfléchis…
    — Cordialement, au Nom du Seigneur Jésus-Christ !

  6. @ Michel Thys. Avez-vous lu le livre ? Rien ne sert de houspiller si vous ne l’avez pas fait. A ce que je sache, c’est l’athéisme matérialiste qui a causé 100 millions de morts (dans les pays communistes) et le nazisme antisémite, qui relève du paganisme le plus pur, qui est à l’origine de la mort de 6 millions de juifs ! Il ne faut donc pas inverser les rôles. La foi est plutôt ce qui éclaire l’intelligence, la régénère, et permet d’affronter lucidement le monde actuel.
    @ Hervé-P : Je crois que l’auteur de ce livre a beaucoup lu sa Bible également, et qu’il cherche au contraire à transmettre sa foi évangélique tout en utilisant un langage qui lui permette d’être compris par des incroyants. Dans l’entourage des Pères de la Réforme, il y avait aussi beaucoup de noms à particules (Gaspard de Coligny, Théodore de Bèze, etc…) qui partageaient le même souci de transmettre le message des Ecritures saintes que C-E. de Saint-Germain ! Il ne faut pas l’oublier…

  7. @ Hervé P. :
    « J-C crucifié » est à mes yeux un symbole doloriste et culpabilisateur d’un « péché » que personne n’a pourtant commis, sauf évidemment les mythiques Adam et Eve.
    La « Résurrection » n’est selon moi qu’une invention indispensable afin de aire « revivre » un mort condamné par le polythéisme romain. Même si un certain Jésus a vraiment propagé le message méritoire de « l’amour du prochain », il n’a évidemment jamais dit tout ce que les évangélistes et autres copistes lui fait dire depuis des siècles.
    Si, comme je le pense, « Dieu » n’est que le substitut imaginaire d’un père protecteur, les prophètes que furent J-C et Mohamed ne sont évidemment pas dépositaires d’une quelconque « Révélation », fussent-ils « de bonne foi ».

    @ Gérard Martin :
    Oui, j’ai lu la bible, il y a plus de cinquante ans.
    Mais les actuelles violences en Israël, ni celles qui suivront ailleurs, n’ont rien à voir avec « l’athéisme matérialiste ». Je ne partage pas l’opinion fréquente, dont la vôtre, selon laquelle la violence du nazisme et du stalinisme, notamment, serait due à l’ « athéisme » de ces idéologies politiques. L’athéisme n’est, je le répète sans cesse, qu’une option philosophique librement choisie. Par contre, les religions, malgré le message d’amour du christianisme, et à cause de leur prétention à détenir chacune LA Vérité et LE Vrai dieu, m’apparaissent comme à l’origine de toutes les intolérances et de la plupart des violences. Hier comme aujourd’hui. Je pense même que l’absence totale de respect de la dignité humaine d’un Hitler et d’un Staline, d’un Mussolini, d’un Pétain, …, de même que la soumission et la violence de ceux qu’ils ont endoctrinés, sont explicables par leur commune éducation religieuse initiale, qui a constitué un terreau favorable à la volonté de puissance des premiers et à la soumission des seconds.

    • Je vous ai répondu sur le site « actualités chrétiennes ». N’hésitez pas à aller le consulter, à la suite de notre discussion.

  8. @ Michel. Jung disait que le fanatisme est une « surcompensation du doute ». Ce n’est pas en tant qu’il est croyant que le fanatique est fanatique, c’est plutôt en tant qu’il est sceptique, qu’il doute au plus profond de lui-même, et qu’il cherche à se rassurer, en imposant par la force ses propres idéaux. Le vrai croyant n’a pas besoin d’imposer par la force ses idéaux, mais il doit incarner la Parole dans sa vie, afin de laisser rayonner cette parole dans son existence, qui est le lieu où elle témoigne d’elle même. C’est ce que l’on voit chez les martyrs, et c’est pourquoi le vrai croyant doit savoir faire preuve d’humilité. Personnellement, j’ai rencontré beaucoup plus de sectarisme et d’intolérance chez les personnes athées que chez les personnes croyantes, même si historiquement, il y a eu effectivement des dérives. Mais ces dérives viennent plutôt, comme vous le soulignez, de la soif de pouvoir de certaines personnes qui ont utilisé la religion et l’ont instrumentalisé pour assouvir leur propre ambition personnelle. Ce n’est pas la religion qui est en cause, mais l’utilisation que les hommes en font. Le matérialisme athée et le consumérisme réduisent l’homme à un être purement désirant, incapable de la moindre élévation spirituelle, incapable de se dépasser aux profits d’idéaux qui aillent au-delà de son propre nombril. C’est une violence dix fois plus grande puisqu’elle tend à nier la dimension spirituelle de l’homme.

    • Bonjour Gérard,
      Je partage partiellement votre conception du fanatisme. Le « doute », le scepticisme, la vérification des hypothèses restent indispensable à tout scientifique, mais il est vrai qu’ils n’ont aucun sens chez un «vrai  croyant ». C’est notamment ce qui rend incompatibles, à mon sens, la science et la religion, la raison et la foi.

      Je ne m’estime pas « sectaire » puisque je prône une éducation pluraliste qui rendrait effectif le libre choix pour tous entre croyance et incroyance, mais aussi parce que je respecte les croyants (non fanatiques). Par contre, je suis intolérant vis-à-vis de toutes les religions, à cause de la soumission qu’elles imposent, fût-ce à des degrés divers, et parce qu’elles imposent une « Vérité »exclusive , unilatérale, communautariste et intolérante. Je suis partiellement d’accord avec vous : c’est « l’utilisation de la religion qui est en cause » dans la plupart des conflits, mais il n’en reste pas moins que les textes « sacrés » des trois monothéismes, surtout ceux de l’islam, sont à la fois pacifiques et mortifères, et que les fanatiques prennent ces derniers à la lettre. Les musulmans modérés sont apparemment incapables de les repérer et de les contrôler en leur sein avant qu’ils passent à l’acte.

      Je reconnais enfin que souvent « le matérialisme athée et le consumérisme réduisent l’homme à un être purement désirant, incapable de la moindre élévation spirituelle ». Pourtant de plus en plus d’athées ou d’agnostiques sont capables « de se dévouer aux profits d’idéaux » humanistes. C’est le cas des francs-maçons a-dogmatiques : ils ne visent pas que leur propre perfectionnement, via la spiritualité laïque et la méthode symbolique, mais ils tiennent à contribuer, à leur mesure, à l’émancipation et à l’épanouissement du plus grand nombre, en défendant notamment les valeurs humanistes de la Déclaration Universelle des Droits Humains de 1948.
      Bien à vous,
      MichelTHYS

  9. Un livre que tout chrétien ou pas devrait lire
    http://www.comprendrelapocalypse.com/

  10. @ Michel Thys. Personnellement, et contrairement à vous, j’ai tendance à penser que l’athéisme est une faiblesse de la pensée. Je ne peux pas répondre la la place de CE de Saint Germain, mais vous devriez lire ses « Cours particuliers de philosophie » (deux volumes de 1000 pages chacun), et notamment le volume 1, chapitre sur « La religion ». Mr de Saint Germain a lu tous les philosophes, y compris les plus athées et les plus matérialistes (comme Freud, Marx, Nietzsche ou Sartre), et il montre clairement les limites de leur pensée. Dire que la foi et la raison sont incompatibles n’est valable que pour une raison corrompue et non régénérée, mais l’intelligence de la foi permet de prendre conscience que non seulement la foi et la raison ne sont pas incompatibles, mais même que l’on ne peut (sans « mauvaise foi », c’est le cas de le dire !) faire l’impasse sur l’existence de ces « raisons de croire », qui ne peuvent que déstabiliser l’incroyant honnête et cherchant réellement la vérité. Je ne peux rien faire de plus que vous inviter à lire les apologistes chrétiens (il y en a pléthore ! Mais commencez pas relire Blaise Pascal, un génie religieux et philosophique…) ainsi que les apologistes modernes (comme Craig, Swinburne, Clavier, etc. cf https://www.youtube.com/watch?v=oh6IwNlEQ2g) ou et vous prendrez vite conscience des limites de l’athéisme. A côté de ses penseurs modernes, Dawkins est vraiment un « charlot » et un véritable imposteur). Par ailleurs, l’obédience dont vous vous réclamez (la franc maçonnerie) montre bien que vous êtes une brebis perdue et égarée, et j’espère que vous prendrez un jour conscience que, sous couvert d’un « pseudo-humanisme », vous êtes en réalité entré dans une organisation à vocation « totalitaire », dont le caractère occulte est totalement contraire à la transparence démocratique, et dont le but n’est autre que de détruire la foi chrétienne, en imposant des idéologies nuisibles qui ne font que conduire l’humanité à sa perte. Renseignez-vous à ce sujet : il y a pléthore de livres qui mettent en garde contre les dangers de la franc maçonnerie, dont les origines occultes sont désormais bien connues. Pour quelqu’un qui se dit rationaliste, c’est un peu étrange !

    • @ Gérard Martin :
      Certes, Monsieur de Saint Germain a lu tous les philosophes anciens, y compris les athées, mais aucun d’eux ne pouvait connaître, tant soit peu, le fonctionnement du cerveau humain, ni les découvertes de la psychologie religieuse et de la neurophysiologie à propos de l’origine psychologique, éducative et culturelle de la foi, ainsi que de sa fréquente persistance neuronale. Si cela vous intéresse, je vous renvoie à ce sujet à l’échange de points de vues divergents que je viens d’avoir avec Monsieur de Saint Germain sur « Construire une éthique sociale chrétienne ».

      Je pourrais estimer que la croyance, plutôt que l’athéisme, est une « faiblesse de la pensée », mais je ne ferai pas parce qu’une croyance religieuse n’est PAS une pensée ! Estimer que la foi et la raison sont incompatibles témoigne, selon vous, d’une « raison corrompue ». C’est là un jugement de valeur arbitraire, et non une démonstration pertinente. « L’intelligence de la foi », est à mes yeux un oxymore car la foi relève du cerveau émotionnel et la raison du cerveau rationnel, le premier étant en tout cas prédominant chez un croyant. Certes, il y a « l’intelligence du coeur », mais elle concerne les qualités humaines, l’empathie, etc., et non Dieu.

      Mais je comprends que, pour ne pas risquer de se déstabiliser dans ses certitudes, un croyant « fasse l’impasse sur ces raisons de croire ». L’incroyant, lui, ne risque pas de se déstabiliser : au contraire, les découvertes actuelles le confortent dans son athéisme. Je ne relirai donc ni Pascal, ni les apologistes chrétiens de ma jeunesse, ni ne lirai les plus récents. Aussi intéressants soient-ils, ils me paraissent tous obsolètes, et n’ont plus qu’un intérêt pour l’histoire de la pensée et de la croyance religieuse.
      Désolé, mais accuser Darwin d’être un imposteur, alors que l’évolution des espèces est devenue un fait d’observation incontestable, confirme la faiblesse de votre « argumentation ».

      Il est vrai que la franc-maçonnerie n’est pas « démocratique » car elle coopte ses membres en fonction de leurs qualités morales, de leur volonté de se perfectionner et de contribuer, à leur mesure, au progrès de l’humanité, du moins dans le cas de la franc-maçonnerie a-dogmatique, en luttant contre les formes actuelles du cléricalisme et de l’obscurantisme religieux, mais seulement SI leurs victimes souhaitent s’en affranchir. Aucun totalitarisme donc. La franc-maçonnerie « régulière » (théiste), elle, pratique seulement un symbolisme excluant toute promotion des valeurs humanistes au sein de la société.

      La méthode symbolique que pratique la franc-maçonnerie n’étant pas compréhensible par tout un chacun, la franç-maçonnerie semble aussi élitiste, mais tout qui possède les qualités de coeur et d’esprit et accepte la différence de l’autre peut y entrer, mais pas si facilement que dans un moulin. Par contre, on en sort facilement.
      Cette association d’hommes et femmes « probes et libres » se veut enfin discrète mais pas secrète, car il lui faut protéger ses membres des préjugés,n de l’intolérance et même d’attaques encore fréquentes de croyants, notamment au niveau professionnel. Le but de la franç-maçonnerie n’est pas de « détruire la foi chrétienne » : celle-ci restera toujours légitime et d’autant plus respectable qu’elle aura été choisie librement plutôt qu’imposée.
      Enfin, Richard Swinborme, comme la majorité des anglo-saxons à qui les alternatives non confessionnelles ont toujours été systématiquement occultées, ne pouvait que défendre sa religion. Il ne l’a pas choisie, ni même de croire …

  11. @ Michel. Je vous répond tardivement, mais j’ai envoyé un mail à Mr de Saint Germain sur la question du darwinisme. Si j’ai bien compris sa réponse, il faut distinguer la valeur scientifique d’une théorie et sa vérité ontologique. Le darwinisme est pour lui la seule explication scientifique valable de l’évolution, car l’intelligent design est pour lui une explication métaphysique de l’évolution qui n’a pas de valeur scientifique, mais qui permet de compléter l’explication scientifique en expliquant des faits que le darwinisme ne peut absolument pas expliquer sur les seuls principes du hasard et de la sélection naturelle. Pour prendre conscience des limites de la rationalité scientifique, en tant que modélisation du réel, il vous invite aussi à lire sa conférence donnée à l’Université de Lausanne sur « La science connaît-elle le réel ? », disponible sur internet. Voilà déjà sa réponse sur le darwinisme et la théorie de l’évolution :

    « Il me semble que l’’enseignement actuel de la science (je ne parle pas, bien sûr, de la recherche scien-tifique…) véhicule souvent des contenus « dogmatiques » et « idéologiques » qui ne sont en réalité que des « hypothèses ». Si personne ne songe aujourd’hui à nier l’évolution, qui semble un fait avéré (c’est pourquoi le créationnisme, dans sa version la plus « radicale » – à savoir le fixisme des espèces – me semble contestable, même si on peut être « créationniste » si l’on entend seulement par là que Dieu a créé le monde…), en revanche, tout reste ouvert aujourd’hui pour comprendre les méca-nismes de l’évolution, et il n’est pas sûr que le darwinisme ait « raison » dans la compréhension de ces mécanismes, car il y a d’autres manières possibles de comprendre ceux-ci (comme le montrait déjà Bergson au début du XX è siècle, dans l’Evolution créatrice, et qui faisait déjà huit objections à la compréhension darwinienne de l’évolution auxquels les darwiniens n’ont jamais vraiment répondu (encore faudrait-il qu’ils aient « lus » Bergson, mais peuvent-ils, à vrai dire, lui répondre, tant les arguments de Bergson sont « imparables » ?). Aujourd’hui, le livre de Michaël Denton, Evolution, une théorie en crise, remet clairement en cause le darwinisme, en invoquant des « faits » bien connus par la communauté scientifique, faits que le darwinisme ne permet absolument pas d’expliquer, l’honnêteté intellectuelle nous obligeant à le reconnaître. Il est vrai que le fixisme et le créationnisme qu’adopte Denton discrédite un peu sa « thèse », puisque Denton ne croit qu’à l’existence d’une micro-évolution (interne à l’espèce). Mais les « faits » qu’il évoque contre une compréhension darwinienne de l’évo-lution restent intéressants (on peut d’ailleurs remarquer que les principales critiques adressées à M. Denton concernent surtout son refus de la macro-évolution, non les « faits » qu’il évoque contre le darwinisme) et rejoignent, sur certains points, l’argumentation de Bergson, bien que le néo-finalisme de Bergson, tout comme celui de R. Ruyer (cf. Néo-finalisme), s’inscrit lui dans le cadre d’une réelle macro-évolution (avec transformation des « espèces » les unes dans les autres), ce qui le rend davantage « crédible », y compris aux yeux des néo-darwiniens, même si Bergson, écrivant au début du XX è siècle, n’a pu bénéficier de tous les apports de la génétique moderne. Malgré tout, sur le principe même des mécanismes de l’évolution, sa critique du darwinisme me semble conserver toute sa pertinence et actualité, surtout si on lui ajoute l’apport des analyses de R. Ruyer (Ruyer étant un nancéen, qui plus est !).
    Il est vrai que le darwinisme reste, aujourd’hui encore, la théorie qui garde la plus grande valeur scientifique, mais les hommes de science, précisément parce qu’ils ne sont PLUS philosophes, n’ont pas toujours conscience que l’objectivité scientifique n’est elle-même qu’une représentation, et qu’elle se constitue en faisant abstraction de tout ce qui, dans le réel, n’est pas « objectivable » (c’est-à-dire mesurable et quantifiable), ce qui signifie que l’explication scientifique reste nécessaire-ment une explication partielle du réel. Descartes, l’un des pères de la science moderne, qui élaborera le modèle de la « machine », développe certes une conception purement mécaniste du vivant, qui évacue toute référence à la notion de finalité, suspecte de réintroduire une dimension « théologique ». Mais il a parfaitement conscience que cette conception mécaniste, qui évacue les causes finales, n’est qu’un modèle, une « fiction » qui nous permet de comprendre le fonctionnement du vivant, mais que la connaissance que l’on acquiert de celui-ci grâce à ce « modèle », ne constitue nullement une con-naissance ontologique du vivant, et Descartes ne songe aucunement à nier la réalité de la finalité, bien qu’il montre que, pour des raisons qui sont liées aux « présupposés méthodologiques » de la science moderne, seule la causalité mécanique peut être prise en compte par la science, car la finalité, tout comme la vie elle-même, ne peut s’éprouver que subjectivement et échappe, pour cette raison, à l’objectivation techno-scientifique – d’où l’évacuation par la science moderne des « causes finales » qui étaient encore au fondement de la biologie et de la physique aristotélicienne. Il s’ensuit que la science ne pourra jamais proposer, du fait de son athéisme méthodologique, qu’une explication strictement « mécaniste » et « matérialiste » du vivant et de l’évolution, sur le modèle de l’explication « darwinienne ». On ne peut reprocher à la science cet athéisme purement méthodologique, si du moins elle le reconnaît humblement et ne confond pas le « modèle explicatif » avec la réalité, en rappelant constamment qu’elle ne prétend pas dire la vérité du réel, mais qu’elle se propose seulement de l’objectiver dans une « représentation épurée » qui n’épuise aucunement cette réalité. Bref, il n’y aurait aucun problème si le savant reconnaissait que cette explication reste par-tielle, qu’elle n’épuise pas le réel (vu qu’il ne s’agit que d’une « représentation ») et que la valeur scientifique d’une théorie n’est aucunement l’indice de sa vérité, c’est-à-dire de son accord avec la réalité, vu que le réel « connu » et « objectivé » par la science est une « construction » (une épure « fictive ») qui ne coïncide pas avec le réel tel qu’il est en soi.
    Bref, on peut très bien reconnaître la grande valeur scientifique de la théorie darwinienne de l’évolution, tout en reconnaissant que le darwinisme est radicalement insuffisant du point de vue de sa vérité ontologique, car il y a des « faits » dont il ne rend pas compte, à commencer par ce que Jacques Monod (qui se croyait pourtant sincèrement darwinien en affirmant que le hasard, et le hasard seul, est la source de l’évolution !), dans Le Hasard et la Nécessité, appelait la téléonomie (le fait, par exemple, que seules peuvent être conservées dans le processus évolutif les variations accidentelles qui vont dans le sens de l’orientation déjà adoptée par le vivant). Comment expliquer ce fait dès lors que l’on prétend que le « hasard », conjugué à la sélection naturelle, est le seul moteur de l’évolution, et que l’individu porteur de cette variation accidentelle du patrimoine génétique ne sera « conservé » que si celle-ci constitue un « avantage » dans le milieu où il se trouve placé (sinon, l’individu sera éliminé par la sélection naturelle) ? Tout se passe comme si le patrimoine génétique opérait une sélection entre des variations accidentelles « admissibles » (transmissibles génétiquement) et d’autres qui ne le sont pas (parce qu’elles ne vont pas dans le sens de l’orientation déjà adopté) ce qui prouve, de manière catégorique, que le vivant ne subit pas passivement son évolution (ce qui est la thèse de Darwin) mais qu’une intelligence de la vie préside à son développement, comme si la vie était capable de dominer le hasard qui préside pourtant au processus évolutif en réalisant une « potentialité » qui était « programmée » dans son code génétique, s’il est vrai, comme l’ont bien montré les biologistes, que les mutations brusques non-transmises sont plus une dégénérescence qu’un progrès. Si mérite de Darwin il y a, c’est donc bien d’avoir compris la place du hasard dans l’évolution, ce que les théories « préformationnistes » antérieures n’avaient pas su comprendre, à l’exception peut être des théories épigénétiques présentes dès la fin du XVIII è. Mais l’évolution n’obéit pas à une nécessité aveugle, puisque le hasard semble y être dominé par la finalité, ce qu’une théorie darwinienne stricte ne pourra jamais reconnaître du fait de ses présupposés méthodologiques (puisque la seule explication « possible », du point de vue darwinien, est une explication mécanique et matérialiste de l’évolution, qui évacue toute finalité dans le développement du vivant).
    Le problème est que la plupart des hommes de science, parce qu’ils n’ont pas conscience des présupposés méthodologiques de leur discipline (et c’est ce qu’a admirablement montré Husserl dans La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale) en viennent à nier la finalité (l’idée que la vie puisse répondre, dans son évolution, à une « intention »), sous prétexte que celle-ci relève d’une explication métaphysique plus que scientifique. Mais s’ils étaient honnêtes, ils devraient reconnaître, de manière beaucoup plus humble, que l’explication qu’ils proposent reste elle-même « partielle », et qu’il est possible, voire nécessaire, de la compléter par une explication « métaphysique » qui ait recours à la finalité (comme c’est le cas de l’intelligent design qu’il ne faut pas confondre avec le créationnisme !), bien que ce recours ne donnera pas une valeur scientifique à cette théorie, mais, indubitablement, une plus grande vérité ontologique. C’est exactement ce que faisait Leibniz, ce grand savant, dès le XVII è siècle : tout en montrant que les causes matérielles et efficientes (les seules que la science reconnaisse) peuvent rendre compte de ce phénomène qu’est la « vision », Leibniz ajoutait néanmoins que l’on peut concilier cette explication (à laquelle s’en tiendra le savant qui entend rester dans son domaine) avec l’idée que c’est en vue de la vision que l’assemblage des différentes parties de l’œil s’est progressivement faite de manière à produire cet « effet » qu’est la vision, en sorte que du point de vue métaphysique, les causes matérielles qui produisent la vision (explication scientifique) sont des « moyens » pour parvenir à cette « fin » (la vision) que la vie semble viser dans son évolution. C’est donc la fin qui commande l’organisation des moyens et leur réunion, exactement comme dans un mécanisme de type cybernétique : en prenant l’exemple du thermostat, on peut expliquer mécaniquement, le maintien de la chaleur du local à température constante, malgré l’intervention d’une variable extérieure accidentelle (par ex, si j’ouvre la fenêtre, ce qui entraîne un refroidissement de la pièce), ce qui augmentera alors le tirage du thermostat sans l’intervention de l’homme, par des moyens mécaniquement réglés (c’est d’ailleurs ainsi que l’on a pu expliquer des phénomènes, comme « l’homéostasie », qui semblaient autrefois être spécifiques aux vivants, et semblaient attester, du même coup, de l’existence d’une « finalité interne »). Mais si le savant s’en tiendra à cette explication, qui est valable à son propre niveau (celui de l’explication par des causes mécaniques) il « oublie » de dire que le thermostat a été conçu par un ingénieur qui a réglé celui-ci de manière à obtenir cette « finalité visée » qu’est le maintien de la température à une chaleur constante. Appliquons ce raisonnement à l’évolution, et nous dirons que les « moyens » ont été mécaniquement « réglés » en vue (finalité) de la vision, et que le hasard joue exactement le même rôle, dans l’évolution, que l’ouverture de la fenêtre, suscitant une réaction interne pour favoriser l’adaptation : le vivant semble donc bien être « programmé » dans son code génétique pour s’adapter à une situation nouvelle, qui inclut l’intervention du hasard et des variations accidentelles de son patrimoine génétique, ce qui confirme, si besoin était, qu’il ne subit pas passivement son évolution, mais que le hasard y est bien ici dominé par la finalité. Savoir par qui le vivant a été ainsi programmé est une question qui ne relève ni de la science, ni de la métaphysique, mais de la théologie. Seule la foi peut répondre à cette question, le métaphysicien se contentant de la « soulever » sans prétendre apporter de réponses, car celle-ci dépasse le domaine de ses compétences, tout comme l’explication métaphysique dépassait le domaine de compétence du savant, bien qu’il ne peut l’invalider ou la juger fausse sans outrepasser les limites du « niveau de rationalité » auquel la science, de par sa méthode, doit s’en tenir (si du moins elle veut éviter de tomber dans « l’idéologie scientiste », c’est-à-dire dans la réduction de la vérité ontologique du réel à l’objectivité scientifique).
    Cette explication métaphysique n’a bien sûr aucune valeur scientifique, mais sauf à confondre « vérité » et « scientificité » (ce qui est d’un réductionnisme philosophiquement intenable !), elle est probablement plus « vraie » (si l’on entend ici par « vérité » non pas que cette explication méta-physique serait plus « objective » – car seule une explication scientifique peut être « objective », mais on a vu que l’objectivité scientifique n’est elle-même qu’une « représentation » qu’il faut se garder de confondre avec la réalité – mais plus en accord avec ce qui se passe REELLEMENT) et elle n’est pas incompatible avec l’explication scientifique, qu’elle vient heureusement compléter en donnant la « raison » ou le « pourquoi » de la réunion de toutes ces conditions (réunion que la science expliquera par le seul hasard). Il est vrai que Leibniz, qui était plutôt préformationniste dans sa conception du vivant, refusait en revanche l’idée que le hasard puisse jouer un rôle (l’évolution n’existait pas encore à son époque), et Darwin, comme je le disais plus haut, a le mérite de l’avoir montré. Mais on ne peut SURTOUT PAS dire que la finalité n’existe pas ! Car le « philosophe-métaphysicien » répondra au « scientifique » qu’expliquer la vision par la « structure » des différentes parties matérielles de l’oeil, (que ce développement soit le résultat d’une succession de petites « variations accidentelles » ou d’une « mutation brusque » ne nous intéresse pas ici), est une explication sans doute scientifique, mais très insuffisante du point de vue rationnel, car si le hasard a pu produire cette « merveille » qu’est la « vision » sur une branche de l’évolution, comment expliquer alors (c’était déjà l’une des plus grosses objections de Bergson au darwinisme, dans son Evolution créatrice !) que cette séquence se reproduise à l’identique, et dans le même « ordre », sur presque tous les différentes « branches » de l’évolution, et ce alors même que l’oeil n’était pas préfiguré en germe dans la « souche commune » qui précède la distinction de ces différents embranchements ? Un hasard qui se répète indéfiniment (sur presque toutes les branches de l’évolution !) ne peut plus être, JUSTEMENT, un « hasard » (à moins de faire du hasard une sorte de Dieu), car le propre du hasard est précisément de ne pas se répéter, comme le disait déjà Aristote, ou alors la probabilité de cette répétition à l’identique, avec le seul « hasard » pour principe explicatif, est tellement « infime » qu’il faut avoir une foi vraiment IN-CROYABLE pour croire à la validité ontologique du modèle explicatif darwinien (de cette – grande – foi dont font preuve les darwiniens, j’avoue que je m’en sens personnellement incapable, bien que je sois croyant par ailleurs…) !!!
    Ce que suggère, de manière beaucoup plus « rationnelle », ce « fait » est plutôt que l’apparition de l’oeil sur la plupart des branches de l’évolution répond bien à une intention de la vie, même s’il n’est pas possible, bien sûr, de prouver cette thèse scientifiquement, quoique la vérité de cette thèse est certainement plus assurée que celle du darwinisme (comme quoi la théorie bergsonienne n’est pas si « obscurantiste » qu’on veut bien nous le faire croire en France, bien que ce ne soit pas, force est de le reconnaître, une théorie scientifique, mais il semble juste de parler d’intelligence de la vie. Sans doute l’erreur des promoteurs de cette théorie est de vouloir lui conférer une valeur scientifique qu’elle n’a pas, alors qu’ils feraient mieux de démontrer aux darwiniens que sa non-scientificité n’est nullement l’indice de sa fausseté – et qu’inversement, la scientificité de la thèse de Darwin n’est nullement l’indice de sa vérité, même si elle explique partiellement certains mécanismes de l’évolution, sauf à retomber dans le réductionnisme « scientiste » que nous dénoncions plus haut lorsqu’il confond l’objectivité et la réalité. D’où ce paradoxe, que les philosophes métaphysiciens soutiennent une théorie probablement vraie, quoiqu’elle ne soit pas scientifiquement démontrable, et qu’inversement, les hommes de science soutiennent une théorie assurément plus « scientifique », quoiqu’elle soit probablement très incomplète et n’explique pas certains aspects du réel. Mais il faut préciser, pour éviter d’induire des confusions, que l’idée d’une intelligence de la vie est en soi totalement indépendante du « créationnisme fixiste » (il faut être de très mauvaise foi pour les assimiler : les scientifiques qui le font ne font vraiment pas honneur à la science !) même si, de fait, les partisans de la théorie de l’intelligent design sont souvent « créationnistes », ce qui suffit hélas, dans l’esprit de beaucoup de gens qui ne sont pas toujours au fait de toutes ces distinctions « subtiles », à discréditer l’idée d’une intention de la vie…). Mais Bergson a donné toutes ses lettres de noblesse à l’idée d’un dessein de la vie, dans l’Evolution Créatrice, en montrant que le hasard est lui-même dominé par la finalité, et que les différentes formes vivantes ne sont que des « essais » (ou des « ébauches ») de la vie pour se frayer un chemin jusqu’à l’homme, c’est-à-dire pour créer un être conscient en lequel se trouve atteint le but que poursuivait l’évolution, après de multiples tentatives infructueuses qui sont autant d’approximations « avortées » de ce qui ne se trouve réalisé qu’en l’homme (ce qui replace alors l’homme au « sommet » de l’évolution, dont il est la finalité ultime, comme si toutes les « espèces » connues – « espèce » doit être pris ici au sens d’une fixité provisoire entre deux mutations et non au sens « fixiste » d’une réalité ontologique distincte – témoignaient de l’échec de la vie pour parvenir à cette « solution » qu’elle n’atteint qu’avec l’apparition de l’homo sapiens sapiens, ce qui explique aussi pourquoi manque et manquera toujours le fameux « chaînon intermédiaire » puisque le singe et l’homme sont deux solutions divergentes prises par la vie à partir d’une « souche commune », qui était leur « ancêtre commun » – ce qui semble faire du singe le « cousin » de l’homme, beaucoup plus que son « ancêtre »).
    Bref, il faut bien distinguer les « niveaux de rationalité » (scientifique, métaphysique) en ramenant la rationalité scientifique à ses limites (elle ne dit pas la vérité du réel), car l’enseignement de la biologie et du darwinisme aujourd’hui est devenu un enseignement totalement « idéologique » et « dogmatique » (à ce sujet, il faudrait se demander sérieusement de quel côté se trouve l’obscurantisme car il est sans doute un peu des deux côtés !) quand il ignore les « faits » qui semblent le réfuter. Ne pas faire toutes ces distinctions, et laisser croire que la théorie darwinienne, parce qu’elle est de facto la plus « scientifique » (mais de facto aussi, une théorie scientifique ne peut être, dans ce domaine, qu’une théorie darwinienne ou néo-darwinienne…), explique réellement le mécanisme de l’évolution, constitue un « tour de passe-passe » totalement « aberrant » pour les philosophes, qui semblent parfois bien davantage au courant de la méthode scientifique et de ses présupposés que ne le sont les scientifiques eux-mêmes ! C’est pourquoi le manque de formation philosophique de beaucoup d’hommes de science constitue un véritable « drame » qui empêche de clarifier le débat, et c’est précisément ce drame du divorce entre « science » et « philosophie », qui conduit à la confusion entre la « méthode » et « l’objet » que dénonçait Husserl (l’un des derniers à avoir eu cette « double casquette ») dans la Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, Ce texte de Husserl, qui est à l’origine de toute la critique « phénoménologique » du scientisme, a fait de nombreux émules (M. Heidegger, M. Merleau-Ponty et M. Henry, ce dernier n’hésitant pas à dénoncer la barbarie de la méthode scientifique et du scientisme dans sa méconnaissance de ses présupposés) et il devrait être lu par tous ceux qui enseignent la science en vue de mieux comprendre les « présupposés méthodologiques » de leur discipline. Cela permet aussi de comprendre pourquoi, comme le soulignait déjà Popper dans la Logique de la découverte scientifique, il est vain d’absolutiser des « vérités » scientifiques dont on sait bien qu’elles ne peuvent qu’être soumises à des révisions constantes, vu que la science ne peut être, tout au plus, qu’une simple « approximation » du réel… mais pour le coup, ce fait est bien connu des scientifiques ! »

    Voilà, j’espère que cette explication vous convaincra !

    • @ Gérard :
      Merci pour votre longue réponse. Puis-je me permettre quelques commentaires ?
      Vous estimez, à tort selon moi, que « l’enseignement actuel de la science véhicule souvent des contenus dogmatiques et « idéologiques », qui ne sont en effet «  que des « hypothèses ».
      Cette accusation me semble résulter du fait que les sciences refusent de prendre en considération des « réalités ontologiques » imaginaires. Les scientifiques athées n’ont jamais eu la prétention de comprendre en quelques générations les processus évolutifs qui se sont succédés depuis des centaines de millions d’années, mais ils témoignent d’une confiance raisonnable dans les futurs progrès scientifiques, étant entendu que tout ne sera jamais totalement connu ni compris. Mais je respecte le fait que les croyants ne supportent pas sereinement les incertitudes et qu’ils aient besoin de réponses immédiates et sécurisantes afin de ne pas se déstabiliser dans leurs certitudes.

      Les philosophes du passé tels que Bergson, aussi éminents soient-ils, ignoraient forcément les apports de l’embryologie comparée, de la paléoanthropologie, de la génétique, de la sociologie, de la psychologie, de la neurophysiologie, etc. Leurs conceptions n’ont donc plus, à mes yeux, qu’un intérêt historique. Certes, les découvertes scientifiques quant à l’origine de la vie, il y a 3,5 milliards d’années, à sa capacité de se développer et de se reproduire, restent très partielles, mais cela ne justifie pas de remettre en question le darwinisme par la croyance en une influence divine « néo-finaliste », à mon sens anthropomorphique, ni par une « connaissance ontologique » subjective et imaginaire résultant de l’hypertrophie du néocortex humain.

      En simplifiant à outrance, je dirais que l’apparition de la vie et son infinie diversité ne sont peut-être d’abord que la conséquence de forces physiques aussi élémentaires que la température ambiante, le milieu chimique, l’attraction ou la répulsion de charges électriques dues aux frottements, la cohésion des molécules soumises à la pesanteur, etc. Cela expliquerait « simplement » la loi naturelle selon laquelle, bien plus tard, tout organisme vivant s’est rapproché de ce qui lui est bénéfique et qu’il a fui ce qui lui est nuisible, en s’adaptant à l’environnement, après d’innombrables essais et erreurs.
      Nul besoin dès lors de croire qu’une « intelligence de la vie », donc divine, ait présidé à son évolution ou l’ait orientée dans le sens d’un prétendu progrès. L’être humain, capable du meilleur comme du pire, est loin d’être le sommet de l’évolution ! La confrontation croissante des trois monothéismes pourrait même aboutir à la disparition de toute vie sur la planète …

      Cette loi naturelle me semble être à l’origine de « l’homéostasie » physiologique, celle qui maintient les équilibres internes indispensables à notre survie. Mais il existe aussi une homéostasie psychologique, celle qui maintient l’équilibre mental et qui empêche de remettre en question ses convictions fondamentales, pour ne pas se déstabiliser ou se décrédibiliser.
      Je m’explique ainsi les « argumentations » jésuitiques, telles que la comparaison entre l’ingénieur qui a conçu un thermostat et un dieu qui aurait programmé la finalité de la vision (cf le « grand horloger » de Voltaire). D’ailleurs, dans cette optique, qui aurait créé « Dieu » ?
      Seul le cerveau humain, unilatéralement programmé, fut capable de l’imaginer.

      « L’objectivité scientifique » n’est pas une « représentation »mais, depuis Claude BERNARD et Karl POPPER, la seule méthode pertinente d’observation des faits, car susceptible d’être réfutée.
      Les darwiniens ne font pas « la preuve d’une grande foi » dans « la validité ontologique du modèle explicatif darwinien », celui-ci n’ayant rien d’ontologique puisqu’il procède du cerveau rationnel et donc de l’esprit critique. Cela dit, je ne cherche nullement à vous « convaincre …
      Bien à vous,
      Michel THYS

  12. @Michel Thys. J’ai retrouvé le lien de l’article de Mr de Saint Germain sur « La science connaît-elle le réel ? ». c’est un article qui montre bien, à mon sens, les limites de la rationalité scientifique (prisonnière de sa méthode) dans sa prétention à livrer la vérité ultime du réel.
    http://www.cedresreflexion.ch/calendar/140313_texte_de%20Saint%20Germain.pdf

  13. j’aime l’expression biblique
    «…connaître le mystère de Dieu, savoir Christ, mystère dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science.»Col 2.3

  14. @ Michel. Je ne suis pas sûr que les croyants cherchent des réponses sécurisantes. Ils se contentent, quand ils font de la science ou de la philosophie, de soulever des questions auxquelles la science n’apporte pas de réponses. Après, libre à chacun de croire ou non dans le Dieu de la Bible, qui peut éventuellement apporter des réponses aux interrogations soulevées, mais il faut respecter les différents « niveaux d’explication ».

    Personnellement, j’aimerai bien que les savants puissent m’expliquer comment le « hasard » peut produire, sur chaque branche de l’évolution, des « séquences » qui conduisent, par exemple, à l’apparition de l’oeil. Que le hasard puisse le faire sur une branche de l’évolution, ok, c’est tout à fait possible et envisageable. Mais qu’il le fasse sur toutes les branches de l’évolution, cela montre que cela ne peut plus être, justement, un « hasard », et que l’apparition de l’oeil, si j’ai bien compris Mr de Saint Germain, répond donc bien à une « intention de la vie » ou à un dessein intelligent, bien que cela ne soit pas démontrable scientifiquement puisque la science répond seulement au « comment ». Vous me direz peut être, si vous êtes darwinien, que la sélection naturelle a éliminé les individus qui ne bénéficiaient pas de cette variation « avantageuse ». Mais dans ce cas, on aurait retrouvé des « traces » de ces individus éliminés qui, à un degré d’évolution comparable, n’ont pas bénéficié de cet « avantage » qu’est l’oeil. Or il n’y en a aucune !

    C’est pourquoi je ne peux m’empêcher de croire à un dessein intelligent de la vie.
    Par ailleurs, vous disiez plus haut que la foi à sa source dans le cerveau émotionnel de l’homme. Personnellement, je pense que le cerveau émotionnel peut expliquer certaines expériences dites « mystiques », mais est-ce cela la foi ? Je n’en crois rien. Pour moi, la foi se fonde uniquement sur la Parole de Dieu : c’est parce que je crois qu’elle est vraie, et que j’en ai même la certitude, que je suis croyant. Cette parole a le pouvoir d’engendrer en moi la certitude de sa Vérité. Et cette certitude n’est pas « psychologique », elle procède de l’attestation intérieure du Saint-Esprit, d’une « grâce » que Dieu fait à certains.

    Enfin, je crois que le matérialisme athée est en train d’être battu en brèche actuellement. Quand vous lisez les récits de ceux qui ont vécu des expériences de NDE (ou EMI), vous ne pouvez-vous empêcher de croire à l’existence d’une vie après la mort. Il y a désormais trop de témoignages, et à toutes les époques, pour nier ces « phénomènes », et toutes les tentatives d’explication scientifique échouent à en rendre compte Alors je me méfie aussi de ces récits, car ils ne débouchent pas forcément sur une croyance proprement chrétienne, mais ils prouvent indubitablement la possibilité d’une survie de l’âme en dehors du corps physique. Ceux qui nient l’existence de ces faits feraient bien de s’en informer d’un peu plus près.

  15. @ Michel. Quand à l’idée que l’objectivité scientifique n’est pas une « représentation », bien sûr que si elle l’est ! C’est certes une représentation « objective » du réel, mais c’est une « représentation » au sens où c’est une schématisation-modélisation qui se constitue au pris d’une formidable abstraction de la dimension « qualitative » du réel, et de tout ce qui, en lui, échappe à la mesure et à l’objectivation (car la science ne s’intéresse qu’à la partie du réel qui est mesurable et quantifiable, c’est-à-dire objectivable, ce qui n’est pas le cas de la finalité, par exemple, ni de la vie, raison pour laquelle la biologie ne parvient à comprendre le vivant qu’en le réduisant à des mécanismes, ce qui revient à nier ce qui fait la « vitalité » même de la vie, si du moins j’ai bien compris l’article de Mr de Saint Germain sur « La science connaît-elle le réel ? », article que je trouve très éclairant sur les limites de la science…).

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