Luc Henrist / Que faisons-nous, en tant que chrétien, pour enrayer ce fléau ?

«J’étais en prison et vous êtes venus vers moi…» (Mat. 25v36) ; «Souvenez-vous des prisonniers comme si vous étiez en prison avec eux» (Hébreux 13v3)

Le milieu carcéral est souvent mal connu par la plupart d’entre nous. Selon le pays où nous habitons, on s’imagine que les prisonniers vivent plus ou moins à l’aise. En plus d’être logés, nourris et blanchis, certains pensent qu’ils disposent de tout le confort et de toutes les commodités que la vie moderne peut nous offrir : radio, télévision, sports, loisirs, etc… A contrario, certains pensent qu’être prisonnier, c’est être mis «aux fers» comme aux temps médiévaux, dans un cachot humide et sombre, ayant pour compagnie les rats, comme literie une paillasse et comme nourriture un quignon de pain sec et une cruche d’eau. Il faut, entre ces deux extrêmes, trouver le juste milieu qui dépeint souvent la réalité.

Il est nécessaire de faire la différence entre la maison d’arrêt où le prisonnier attend sa condamnation et l’établissement pénitentiaire où il «purgera» sa peine. Souvent, la maison d’arrêt est un lieu austère, strict, où règne souvent une atmosphère de désespoir : ceux qui sont là, y sont souvent pour la première fois. Tout s’écroule autour d’eux : leur réputation, leur profession ou leurs études, leurs relations familiales ou amicales. De plus, ils sont perplexes quant à leur avenir, car la décision du juge influencera le reste de leurs vies : la profession qu’ils avaient choisie risque de leur être inaccessible vu les antécédents judiciaires. Leurs épouses devront subir les regards dédaigneux et soupçonneux des voisins qui n’ont «rien à se reprocher», leurs enfant seront assaillis de questions plus meurtrières les unes que les autres à la cour de récréation : «Où est ton père ?»… «Qu’est-ce qu’il a fait ?»… Et de plus, le prisonnier sera souvent abandonné, comme un malade qu’on met en quarantaine, par peur d’être contaminé…

Les premiers jours sont souvent les plus pénibles. On réalise qu’on est en prison. Toutes les conséquences de ses actes défilent devant soi comme sur un écran de cinéma. « Y-a-t-il moyen de faire marche arrière ? » est souvent la question qu’on se pose. Après quelques jours, on s’habitue, tant bien que mal, au nouveau rythme de vie : 6h30 réveil. On vous passe votre petit-déjeuner par une ouverture dans la porte de votre cellule. A 10h00, sortie au préau : on «tourne» dans cette cour pendant 1 heure. A 11h00, on vous sert le déjeuner, en cellule. A 14h00, à nouveau une heure de préau. A 17h00, on vous sert le souper. A 23h00, extinction de l’éclairage. D’une prison à l’autre, ce scénario peut varier, mais souvent il est similaire. Par ailleurs, de temps en temps, le détenu reçoit la visite des membres de sa famille, ainsi que de son avocat, au parloir (endroit où on communique par un guichet muni d’une vitre blindée). A part les gardiens, l’aumônier est la seule personne qui a le droit d’entrer dans la cellule et qui va y être enfermé avec le détenu le temps de sa visite.

Dans certaines prisons, le détenu reste donc 22 heures sur 24 heures dans sa minuscule cellule. On attend sa condamnation. La visite de l’aumônier est donc souvent vue comme une bouffée d’air frais. Même le très médiatique Bernard Tapie, incarcéré pendant près de six mois, reconnaît avoir ressenti le besoin d’approfondir sa religion «notamment dans ces épreuves-là». Aussi étrange que cela puisse paraître, la prison peut devenir un lieu d’approfondissement spirituel.

Le jour du tribunal, on vous emmène dans un fourgon blindé au Palais de Justice. Un policier de chaque côté, et parfois, les menottes aux poings. Et là, on vous apprend la nouvelle… Pour quelques rares personnes qui sont trouvées innocentes, c’est la libération. Pour d’autres, c’est la demande en appel : on demande au juge de reconsidérer son jugement. Et pour beaucoup d’autres encore, c’est le transfert vers un établissement où le détenu purgera sa peine. Là aussi, d’un établissement à l’autre, les choses peuvent changer et parfois beaucoup : certaines prisons sont neuves et donc plus propres que d’autres plus anciennes et plus vétustes. Les activités aussi varient d’une prison à l’autre. Le détenu a parfois accès à des activités sportives et récréatives, alors que dans d’autres prisons la majorité de son temps est consacré au travail.

Après un certain temps, et selon sa conduite, il pourra passer au système de la semi-détention : il peut sortir travailler ou étudier pendant la journée et rentrer le soir à la prison. Cette transition a pour but de faciliter la réinsertion dans la vie sociale. Il existe aussi maintenant le système des « bracelets électroniques » qui permet au détenu de retourner vivre chez lui tout en étant localisable à tout instant.

Et tant que chrétiens, il est important de réaliser que chaque prisonnier est avant tout un être humain qui a une personnalité propre. Nous devons lui accorder notre attention et ne pas le juger trop facilement. Comment auriez-vous réagi si vous aviez été dans SA circonstance ? (Mat. 7 :1-2)

A travers tous les âges, et encore aujourd’hui, des chrétiens sont emprisonnés à cause de leur foi. Leurs convictions vont à l’encontre d’un régime totalitaire ou d’une idéologie appliqués dans certaines pays. Aux yeux de la loi du pays ils sont, eux aussi, des criminels…

Il est nécessaire de réaliser qu’aujourd’hui, de plus en plus de jeunes aboutissent en prison à cause de la drogue. On commence par fumer du cannabis, puis on passe à des drogues plus sérieuses : crack, cocaïne, etc. Puis on devient « dealer », c’est-à-dire qu’on devient trafiquant pour pouvoir gagner de l’argent tout en consommant sa dose quotidienne. Le stade suivant est celui d’un besoin grandissant qui pousse le toxicomane à se procurer de l’argent par n’importe quel moyen pour pouvoir s’acheter sa « dose ». On en arrive à la délinquance : le vol, le cambriolage, la prostitution, le racket. Ce scénario est souvent celui qui a précédé l’incarcération de beaucoup de jeunes qui cherchent dans la drogue une échappatoire. Il faut aussi savoir que, selon un récent article du journal « Le Figaro » du 23 octobre 2014, 60% des détenus dans les prisons françaises sont de religion musulmane (en Belgique plus de 45%, et en Suisse 53%)…  et que les prisons sont devenues les lieux privilégiés pour recruter au djihad, des jeunes musulmans en recherche d’identité et assoiffés de vengeance.

Que faisons-nous, en tant que chrétien, pour enrayer ce fléau ? Nous donnons-nous la peine d’apporter la lumière, la réponse… Bref, le Christ, à ces jeunes qui cherchent dans ces paradis artificiels, dans cette violence sanglante, une identité et une raison de vivre ?

Luc Henrist, ancien Aumônier Protestant dans une prison de Bruxelles.

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TEMOIGNAGE DE PATRICK :

A partir de l’âge de 13 ans, lorsque j’ai réalisé que ce que m’offrait la société se traduisait souvent par : « Métro, boulot, dodo », j’ai tout rejeté en bloc, de même que toute autorité. Je me suis petit à petit détaché de tout pour avoir mon indépendance et mon originalité. Et c’est ainsi que j’ai commencé à suivre différentes modes vestimentaires, ainsi que le style de musique lié à chaque mode. Je suis passé du « Beat » dont la musique est souvent celle de « Deep Purple » au « Punk » caractérisé par la musique de « Sex Pistols » et « Clash » pour aboutir enfin au « Baba Cool » avec comme musique celle des « Doors » et « Pink Floyd ». La fréquentation de ces « milieux » m’a souvent poussé à consommer de la drogue. En commençant par le haschich, le LSD, le speed, et finalement l’héroïne dont on devient totalement dépendant si bien physiquement que mentalement. Moi-même, j’en ai été dépendant pendant 5 ans. Ce besoin de se procurer de la drogue m’a amené au vol, à des trafics et à des magouilles de tous genres. Plusieurs fois, j’ai essayé de m’en sortir. J’ai passé plus de 7 mois dans un centre de désintoxication à la campagne, de même qu’un mois en hôpital psychiatrique. Mais à chaque fois, dès la sortie, je retombais. Je peux vous dire qu’en général, ce genre de vie se termine soit par la mort par overdose soit par la folie, soit par l’incarcération.

Pour moi, ce fut l’incarcération. J’ai passé, en tout, 13 mois de ma vie en prison. J’étais perdu, désespéré et je n’avais qu’une idée : en finir avec ma vie dès la sortie. Mais il a fallu cet endroit pour que, par l’Aumônier protestant qui venait me voir régulièrement, je découvre que Jésus pouvait me délivrer. C’est lui que le Seigneur a utilisé pour m’ouvrir les yeux. C’est en lisant des témoignages d’ex-drogués qui s’en étaient sortis grâce à Jésus, que j’ai retrouvé un espoir et que je me suis dit : « Et pourquoi pas moi ? ». Je dois dire que, de voir l’Aumônier continuellement souriant et joyeux m’a fait me poser des questions. Cet homme plein de vie est aujourd’hui mon ami. A travers les conversations que j’ai eues avec lui, j’ai petit à petit compris que je devais me tourner vers Dieu. Et c’est ainsi que le 20 juillet 1986, j’acceptais le Christ dans ma vie, en l’invitant par la prière, à venir vivre en moi et m’aider à changer. Les choses alors se précipitèrent : Le 8 août, j’étais libéré ! Et le lendemain, j’allais avec Luc écouter une chorale américaine de passage à Bruxelles. Ce soir-là, répondant à l’appel qui nous était lancé, je levais la main et priais intérieurement : « Seigneur, je t’ouvre mon cœur. Je désire ardemment que tu puisses y faire ta demeure. » En un instant, je mis à pleurer oui, à pleurer d’abord des larmes de repentance, car je réalisais combien j’étais pécheur et j’avais besoin de Dieu. Et puis des larmes de joie car, j’ai vraiment ressenti la présence du Seigneur en moi. J’ai réalisé qu’il est vivant ! Un poids immense m’a quitté. C’était merveilleux, fantastique ! Le Seigneur savait que j’avais besoin de cette expérience, une « preuve », en quelque sorte. Il m’a comblé en me la donnant. Je peux dire que depuis ce jour-là, ma vie a été transformée. Le surlendemain, je partais en vacances dans un camp de jeunes chrétiens qui se retrouvaient sur la côte Ouest de la France pour faire de l’évangélisation. Immédiatement, je me suis joint à eux et j’ai partagé ce que Dieu avait fait pour moi. Oui, Jésus est le Dieu des délivrances, et ce qu’Il a fait pour moi, Il peut le faire aussi pour vous !



Catégories :Chroniques, Humanitaire & Social, Islam & Islamisme, L'Eglise, Luc HENRIST, Religions, Société

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11 réponses

  1. Je n’ai pas bien compris la question, ou plutôt, elle me pose question!

    Comment comparer les prisonniers pour la foi et les prisonniers pour leurs crimes ?

    Comment prendre pour référence un B. Tapie qui disposait d’un « appartement carcéral » d’où il continuait à diriger ses (sombres) affaires ?

    Y a-t- il une quelconque utilité à devenir un visiteur de prison à qui on impose une « formation » pour ensuite leur interdire de parler de l’Évangile ?

    • Tous ne sont pas des B Tapie , Samuel , beaucoup ont énormément soufferts je n’excuse nullement leur geste mais , les visiteurs de prisons , surtout s’ils sont chrétiens , peuvent constater que bien des prisonniers sont justes « paumés » et sans espérance , et certain écoutent le message de Christ dans ce moment de désert . J’encourage tous ceux qui ont à cœur de faire ça , qu’ils soient bénis et encouragés car ils vont là où il y a les malades et même si UN seulement était sauvé à cause ou grâce à leurs visites se serait une très grande victoire

  2. Excellent article ..Merci Luc … ce qui est dommage , c’est que pour visiter les prisonniers il faut un statut spécial …

    • Heureusement que l’on contrôle un minimum ceux qui entrent dans les cellules pour parler aux prisonniers… je pense même que les contrôles devraient être renforcés afin de limiter la gangrène de l’Islam radical.

    • Yosef , d’accord avec Paul , il vaut mieux que ce soit des personnes triées qui ne les rendront pas pire , et surtout il faut vraiment être appelé à ça

  3. Comme vous avez raison, gangrène qui deviendra vite « peste »….

  4. super article……oui un statut spécial..;ma soeur de coeur arrive en fin de parcours avant agrément ..;assez  » complexe » mais effectivement nécessaire..pour sonder les motivations aussi! .même pour l équipe de prières ( 6 mois de formation) car il s agit d être persévérant , conséquent dans le temps…j ai pu prier avec un prêtre catho à une époque où je bossais dans le milieu psychiatrique fermé et il est vrai qu il y a trop peu de volontaires pour s engager ( loin des estrades…)….Je crois que Christ en nous Samuel trouvera toujours une ouverture pour toucher ceux pour lesquels Il nous envoie dans ce milieu….je n avais pas l autorisation de parler de Christ dans mon travail à l hôpital( et les malades qui parlait de Jésus était estampillé délire mystique) ..encore moins de prier..et d annoncer la prédication de la croix..mais le Seigneur a toujours gardé! toujours fermé les portes quand j étais auprès d eux durant 8 ans ..quand le prêtre me disait « vas y toi t es évangélique je te le laisse! »en venant me chercher dans la salle de soin devant les yeux ronds de mes collègues…jamais été embêtée…;-)…Allons et bénissons apportons la vie de Christ. Oui tant de jeunes aujourd hui dans la drogue..;combien de futurs prisonniers?…qui ont besoin du salut…..et combien parmi nos frères et soeurs ont besoin de soutient..;il n y a peu être pas de rapport entre les inconvertis et les convertis sinon la miséricorde de Dieu…..Que n avons nous que nous n avons reçu???? Et si nous l avons reçu pourquoi nous glorifions nous? Christ n est Il pas venu pour rassembler tout EN LUI et PAR LUI????

  5. L’association SOS ESPOIR Paris correspond depuis plus de 37 ans avec les prisonniers de longues peines, la grâce coule aussi dans ce milieu. Bien sur les ouvriers manquent car c’est un service très difficile.

  6. Pour plus de renseignement vous pouvez aussi consulter le site de l’aumônerie protestante, mais sen France cette fois-ci et non à l’étranger…:
    http://www.protestants.org ou fpf-justice@protestants.org, ou encore aller sur le site de la CEDEF (coté CNEF) http://www.lacedef.org.

    Il y a beaucoup de choses qui se font (quand-même!) en France au niveau des aumôneries chrétiennes des prisons, notamment catholique et protestant. Mais il faut savoir que 80% des détenus en France sont musulmans et sur un total de 65mille détenus, cela fait environs 40 mille, dont une partie est en train de se radicaliser… surtout quand on manque d’aumônier musulman. – Vous voyez, comme c’est … »facile » en ce moment de gérer le parc pénitencier… Un sujet de prière pour beaucoup (on espère) et un un sujet d’engagement pour certains, il y a toujours un manque d’aumôniers un peu partout.

    Mais Dieu est grand et il nous a toujours devancé en milieu carcéral. Jésus lui-même a dit, il y a 2mille ans qu’il y était Matth. 25, vous le saviez ? vous le croyez ?

  7. Dans le pays où je réside, il est difficile de pénétrer le milieu carcéral. Mais même si nous ne pouvons pas nous rendre dans ces prisons, nous pouvons tous les jours intercéder pour tous ceux qui sont incarcérés , surtout pour nos frères et soeurs, qui sont injustement emprisonnés à cause de leur foi pour le SEIGNEUR, comme BIBI ASIA, DIEU en CHRIST JESUS, saura lui par quel canal passer pour les sortir de là. Nous pouvons aussi parrainer un prisonnier pour pourvoir à ses besoins en aliments ou produits de toilette etc… nous pouvons lui écrire, partager des livres avec lui, l encourager, à suivre CHRIST qui est le SEUL VERITABLE CHEMIN , la seule personne qui pourra le sortir de l enfer carcéral. Il y a pas mal de témoignages de prisonniers et prisonnieres qui disent avoir tenu dans leur enfer, par le courrier et les prières de personnes qui pensent à eux de part le monde. CONTINUONS DONC A INTERCEDER POUR EUX.

  8. il me semble que c’est un appel particulier , il faut être envoyé par Dieu !!!!

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